La souplesse fait partie des qualités physiques. Donc, au même titre que la force, la rapidité ou la vitesse, on devrait systématiquement l'améliorer ou l'entretenir chez toute personne pratiquant une activité physique. L'objectif principal que l'on vise lorsque l'on veut développer la souplesse de quelqu'un est l'augmentation de l'amplitude ou de la mobilité articulaire des mouvements ou tout simplement une certaine aisance dans leur exécution. Les techniques utilisées sur le terrain sont nombreuses. Leur diversité est certes une bonne chose, mais elle entraîne quelquefois une certaine confusion chez les entraîneurs et surtout des erreurs dans leur mise en pratique sur le terrain. Il semble donc intéressant d'expliquer les fondements physiologiques sous-jacents à l'application des techniques visant à améliorer la souplesse. Pour cela, il faut faire appel à quelques notions d'anatomie, de biomécanique des tissus et de neurophysiologie. Partant de là, il sera possible d'en comprendre les effets et d'en tirer les grands principes à respecter pour être efficace dans notre action.
Comment caractériser la souplesse ? Et comment la solliciter ? Comment caractériser la souplesse ? Il existe deux types de souplesse : la souplesse générale et la souplesse spécifique. La première mobilise les systèmes musculaires et articulaires pour faire en sorte d'apporter une certaine aisance gestuelle, sans pour autant atteindre les niveaux extrêmes en amplitude, c'est-à-dire ceux que l'on rencontre très rarement dans la population sédentaire. Ces niveaux extrêmes seront au contraire l'objectif principal de la seconde. Ils sont spécifiques à chaque discipline sportive car, pour certaines d'entre elles, les amplitudes articulaires peuvent être un déterminant important de la performance, comme c'est le cas par exemple dans les activités gymniques. Comment la solliciter ? Que l'on se place du point de vue générale ou spécifique, la souplesse peut être sollicitée de plusieurs façons. La seule différence sera que la souplesse spécifique fera appel beaucoup plus souvent aux techniques d'assouplissement que la souplesse générale car les amplitudes articulaires recherchées sont beaucoup plus élevées. - Les souplesses statique et dynamique
On entend parler quelquefois de souplesse "statique" et de souplesse "dynamique". La différence entre ces deux types de souplesse est lié à la présence ou non d'un mouvement d'élan pour amener le segment dans la position produisant l'étirement du muscle. Par exemple, la souplesse dynamique correspondrait à des étirements des ischio-jambiers que l'on ferait avec des lancers d'une jambe pendant que l'autre reste en appui sur le sol (mouvement très utilisé chez les gymnastes que l'on appelle "battement"). Si l'on fait le mouvement lentement, la jambe montera mois que si on le fait rapidement. Par contre, la tension appliquée sur le groupe musculaire sera plus élevée. - Les souplesses active et passive
Ces appellations ne concernent que la souplesse statique. La distinction que l'on fait entre l'aspect actif ou passif de la souplesse vient de la présence ou non d'une contraction musculaire pendant l'exécution de l'exercice de souplesse. Par exemple, si l'on fait intervenir les extenseurs du genou (quadriceps) pour maintenir la position permettant d'étirer les fléchisseurs du genou (ischio-jambiers), on a alors affaire à un exercice de souplesse active puisque l'étirement est associé à une contraction du groupe musculaire antogoniste. Par contre, si une tiers personne maintient notre jambe pour étirer ces mêmes fléchisseurs, c'est un exercice est réalisé de façon passive par le sujet. Relation entre souplesse active et souplesse passive ?  | Pour une articulation donnée, la souplesse passive est toujours supérieure à la souplesse active. Par exemple, lorsqu'on se met en appui sur un pied et que l'on élève la jambe, comme dans un battement, en vue d'étirer les ischio-jambiers, on sera capable de monter notre pied beaucoup plus haut avec l'aide de quelqu'un (souplesse statique passive, position 3) que tout seul (souplesse statique active, position 1). D'autre part, la souplesse dynamique est toujours supérieure à la souplesse statique active. Ainsi, on montera plus haut ce même pied si l'on fait un lancer de jambe (souplesse active dynamique, position 2) que pendant une montée progressive se terminant par un maintien à la seule force des muscles responsables de la fermeture jambe-tronc (souplesse active statique, position 1). | La différence entre souplesse passive et souplesse active constitue ce que Frey (1977) a appelé la réserve de mobilité (reprenant à son compte le concept de la réserve cardiaque fonctionnelle de Karnoven, 1957). Celle-ci est très importante car elle donne une information sur la marge de progression que l'on est en droit d'attendre de quelqu'un quand il s'entraîne de façon systématique soit en cherchant un gain de force des muscles agonistes (par exemple le quadriceps dans notre exemple), soit un gain d'allongement des antagonistes (les ischio-jambiers toujours dans ce même exemple). Avec l'entraînement, la souplesse dynamique peut atteindre la souplesse statique passive. Mais cela implique l'utilisation d'étirements dynamiques qui ont pour rôle de diminuer la contraction réflexe des agonistes en même temps que l'on renforce le groupe antagoniste... contrairement à l'étirement statique passif où seul l'agoniste est ciblé.
Intérêts de la souplesse Pour une personne sédentaire, on cherchera à maintenir une mobilité qui soit en relation avec son activité quotidienne. Toute limitation articulaire entraîne inévitablement une augmentation de la dépense énergétique musculaire pour compenser celle-ci. Une bonne souplesse générale est donc un élément important de la condition physique et contribue au bien-être de la personne en question. Pour une personne sportive, c'est plutôt la souplesse active (statique et dynamique) que l'on cherchera à développer en priorité en fonction des exigences de la spécialité. Néanmoins, certaines activités sportives impliquent que soit également améliorée la souplesse active passive pour le maintien de certaines positions ou la réalisation de certains mouvements comme c'est le cas dans les activités gymnastiques. Les effets sur la performance directs et indirects - Le premier d'entre eux est d'augmenter l'efficacité du geste sportif tant au niveau de la technique que de la puissance. En effet, lorsqu'un muscle est étiré par le travail de son antagoniste, il emmagasine de l'énergie élastique (dans les composantes élastiques séries) et la restitue lors de sa contraction (Cavagna et coll., 1968). Ce phénomène est connu sous le nom de cycle étirement-détente. Une plus grande amplitude d'étirement permet donc d'obtenir un plus grand stockage d'énergie élastique, et par là même une contraction musculaire plus intense (Handel et coll., 1997 ; McHugh et coll., 1999). C'est ce principe que l'on utilise à chaque fois que l'on fait un saut vertical en faisant une flexion du membre inférieur avant de pousser sur le sol.
- Ensuite, elle permet d'éviter les blessures qui pourraient être occasionnées par le geste sportif. Grâce à une grande mobilité articulaire, les muscles et les tendons seront sollicités en-deçà de leur amplitude d'étirement maximale fonctionnelle, et seront moins sujets aux dommages. De même, elle limite l'apparition des courbatures en faisant en sorte d'avoir des muscles moins "raides", c'est-à-dire susceptibles de supporter de fortes tensions lors du travail excentrique, dont on sait qu'il est à l'origine de ces courbatures (Magnusson et coll., 1997 ; McHugh et coll., 1999). Ceci implique que les personnes moins raides sont capables de réaliser des exercices d'une plus grande intensité ou d'une plus grande durée durant les jours qui suivent une séance ayant provoquée des courbatures (Mchugh et coll., 1999).
- Néanmoins, une trop grande laxité de l'articulation peut survenir si l'entraînement de souplesse est mal mené. Il peut alors provoquer l'effet inverse, à savoir un affaiblissement de la stabilité de l'articulation, qui sera sujette alors à des pathologies récurrents (comme des entorses à répétitions par exemple).
Les facteurs et limites influençant la souplesse Le tableau ci-dessous résume les principaux facteurs et limites influançant la souplesse. Principes à respecter dans les techniques de souplesse Compte tenu des observations que nous avons faites jusqu'à présent au niveau anatomique, mécanique et neurophysiologique, il est possible de donner quelques règles simples pour gérer les étirements et les assouplissements. Il faut dire que la plupart relèvent du bon sens... à condition d'avoir toujours à l'esprit lesdites observations et surtout les connaissances physiologiques qui les accompagnent. Une chose essentielle à garder à l'esprit est que ces règles seront très différentes selon qu'elles concernent les étirements ou les assouplissements dans la mesure où les structures visées et les effets obtenus ne sont pas les mêmes. Certains des conseils donnés ici iront vraisemblablement à l'encontre des habitudes de certains entraîneurs ou enseignants. Pourtant, ce sont ceux qui donneront les résutlats les plus probants... dans l'état actuel de nos connaissances.
Règles pour les étirements La raideur passive du muscle varie avec l'activité physique Cette raideur correspond à la force de résistance générée par un muscle en opposition à son allongement. La raideur est plus marquée avant et après l'activité physique (Hagbarth et coll., 1985 ; Lakie et Robson, 1988b ; Proske et coll., 1993 ; Wiegner, 1987). Elle peut être éliminée par des mouvements passifs (étirements) ou actifs (contraction musculaire), de grande amplitude, mais jamais par des contractions isométriques puisque durant celles-ci les glissements entre les protéines contractiles sont quasi inexistants (Lakie et Robson, 1988a ; Wiktorson-Möller et coll., 1983). Cet effet, appelé thixotropie, est bien connu des chimistes. Il permet d'assimiler le comportement musculaire à celui d'un gel qui se liquéfie lorsqu'on le brasse (pensez à une célèbre sauce tomate qu'on rend plus fluide en secouant son contenant). L'action de la composante élastique du muscle contribue elle aussi à la raideur passive musculaire. On limitera, ou mieux, évitera de ne faire que des étirements au cours de l'échauffement ou juste avant le début d'une compétition La cible privilégiée des étirements est la raideur musculaire... pour autant, on ne cherchera pas un gain maximal comme dans les assouplissements. Elle varie en fonction des circonstances puisque cette raideur peut être soit active (quantifiée par l'habilité transitoire du muscle contracter à se déformer pour amortir la contrainte subitement imposée), soit passive (quantifée à l'aide de l'angle maximal que l'on peut mesurer au niveau d'une articulation). Dans le premier cas, elle résulte généralement de l'action des composantes contractile (ponts d'actine-myosine) et élastique en série (aponévroses et tendons). Dans le second, c'est surtout la composante élastique parallèle (squelette cellulaire de la fibre musculaire notamment) qui est en cause. Pour la diminuer, on peut faire appel à différentes méthodes dont certaines relèvent simplement de la mobilisation ou de la mise en tension passive du muscle, alors que d'autres nécessitent de faire appel aux réflexes exposés dans la partie théorique. Par contre, il peut être intéressant de vouloir augmenter (ou conserver) la raideur musculaire dans le but d'accroître la rapidité de transmission de la force musculaire aux pièces osseuses et, par la même occasion, de rendre les muscles plus prompts à la réaction ou moins sensibles aux perturbations. Cela leur permet de réagir plus aisément pour le contrôle postural ou l'efficacité des mouvements rapides par exemple. En effet, il a été démontré que la production de force et puissance augmentait de façon inversement proportionnelle à la raideur musculaire (Wilson et coll., 1991). Ainsi, l'augmentation de raideur liée l'entraînement pourrait améliorer la restitution de l'énergie élastique stockée dans le tendon lors d'un cycle étirement-détente et, par là même, la performance liée à ce mécanisme. De même, l'augmentation de souplesse diminuerait à long terme la raideur active et améliorerait ainsi la performance du cycle étirement-détente (Wilson et coll., 1992, 1994). Néanmoins, les techniques d'étirement exposées ci-dessous sont tellement efficaces qu'elles induisent immédiatement des baisses de performance significatives. Ceci a été démontré de façon très claire par de nombreuses études. Par conséquent, on fera en sorte de les utiliser à bon escient, c'est-à-dire à un moment où l'on est sûr qu'elles ne nuiront pas à l'efficience du geste. Ou alors de les inclure dans un échauffement à part entière comme cela est expliqué dans la rubrique "Echauffement". Dans le doute, comme l'objectif premier des étirements est bel et bien de relâcher les muscles, il est logique de les placer dans la phase de récupération, après la séance, pour essayer de retrouver un degré de tonus musculaire quasi similaire à celui précédent la séance ! L'allongement du muscle provoque une diminution réflexe de l'activité des nerfs moteurs et donc un relâchement musculaire Tant que l'on maintient l'allongement du muscle, l'excitabilité des motoneurones est diminuée et le muscle s'allonge plus facilement. Dès que l'articulation est replacée dans sa position initiale, l'effet d'inhibition disparaît et les motoneurones retrouvent quasiment leur niveau d'excitabilité initial (Guissard et al., 1988). D'autre part, l'intensité de l'inhibition est proportionnelle à l'intensité de l'étirement du muscle, et donc de l'angle articulaire atteint pendant le mouvement. Par exemple, dans l'étirement du mollet, un angle de flexion de 20° entraîne une diminution plus importante de l'excitabilité des motoneurones qu'un angle de 10° (figure 1). Ceci est dû au fait que, en fonction de l'intensité de l'étirement, différents mécanismes nerveux de modulation de la réponse musculaire peuvent être sollicités. Il est conseillé d'aller jusqu'à l'amplitude articulaire correspondant au seuil de douleur tolérable par la personne. Cette amplitude permet de solliciter tous les mécanismes d'inhibition présents au sein du système nerveux central.  | | Figure 1: Changement dans le niveau d'excitabilité des motoneurones en fonction de l'amplitude de la mobilisation articulaire au cours d'un étirement statique de la cheville (d'après Guissard et coll., 2001). | Effectuer les étirements avec lenteur, sans à-coups Lors des étirements, il faudra veiller à respecter une certaine progressivité dans l'allongement, et éviter les à-coups. Il y a deux raisons à cela : 1°) Si l'on étirement trop rapidement le muscle, le réflexe myotatique se déclenche et provoque une contraction réflexe du muscle étiré... On ne retire donc aucun bénéfice à faire des mouvements de rebonds violents en guise d'étirement. 2°) Le muscle est un organe composé de différents tissus qui lui confèrent un comportement viscoélastique. L'une des particularité de la viscoélasticité est de faire augmenter la raideur proportionnellement à la vitesse d'allongement pendant un étirement passif. Pratiquer des étirements statiques plutôt que dynamiques Il semble préférable, en phase de récupération, d'utiliser des étirements statiques. Ils seraient plus efficaces que les allongements dynamiques et répétés (mouvements de ressort comme par exemple des battements de jambes successifs) pour diminuer la raideur musculaire et augmenter l'extensibilité du muscle. En faisant un étirement statique, c'est-à-dire avec le maintien d'une articulation à l'angle où apparaît le seuil de douleur tolérable pendant 90 s, le relâchement musculaire que l'on obtient est environ 18-20% de la valeur maximale du départ. En reproduisant cet étirement à l'identique (même intensité et même angle), le phénomène se reproduit mais on observe un nouveau gain de relâchement qui se traduit par une diminution de la raideur (moins de résistance à l'allongement), de déformation (moins d'énergie absorbée lors de l'adaptation au stress imposé) et de la viscoélasticité. Ces effets atteignent des valeurs maximales au bout du 10e étirements et disparaissent en une heure (Magnusson et coll. 1996b). Ces résultats ont été également démontrés chez l'animal (Taylor et coll. 1990). La répétition d'un cycle de 10 étirements passifs statiques d'une même amplitude, alternés avec de courtes pauses, entraîne des changements significatifs au niveau de la longueur musculaire (jusqu'à dépasser de 3.5%) et de la force musculaire (autour de 80% de la force initiale de résistance passive à l'étirement). Les mêmes phénomènes peuvent s'observer chez l'homme avec une vitesse d'étirement rapide (20 deg/s) réalisée avec la même amplitude (angle articulaire) pour un nombre d'étirements similaire. À la différence près que l'énergie ne diminuait qu'au premier étirement et que la raideur était plus élevée au 10e étirement (Magnusson et coll., 1998). Ces résultats montrent qu'il est possible d'obtenir un allongement du muscle avec un étirement réitéré dans des conditions identiques à chaque répétition (même degré d'allongement ou angle articulaire), sans avoir à dépasser le seuil de douleur tolérable. Ceci est intéressant notamment pour les personnes ayant quelque peu des difficultés à supporter la douleur durant les étirements. Par contre, la vitesse d'allongement s'avère être un facteur important puisqu'elle entraîne à partir d'un certain nombre de répétitions des effets opposés à ceux recherchés. Pratiquer les étirements en les calant sur les phases respiratoires Il faudra être détendu (mentalement, psychiquement) et expirer lors de l'étirement afin d'utiliser le côté positif de l'influence de la boucle gamma sur le tonus musculaire. Celle-ci permet en effet de le diminuer... En d'autres termes, il est possible de contrôler ce tonus par des exercices respiratoires. Ne jamais dépasser les seuils de douleurs musculaires La douleur est un signal physiologique très important qu'il ne faut pas prendre à la légère. Son utilisation dans la pratique nécessite d'instaurer un climat de confiance entre l'intervenant et le sportif afin qu'elle puisse guider le travail des étirements. En signalant le moment où cette douleur n'est la plus tolérable, le (la) sportif(ve) indique à son entraîneur la position optimale à maintenir (l'entraîneur veillera évidemment à ne pas se laisser duper par le (la) sportif(ve) qui indiquerait cette position de façon trop précoce). Lorsque l'on atteint cette position extrême pour une personne et pour un groupe musculaire donné, il ne faut jamais dépasser le seuil de douleur tolérable. En effet, la stimulation des terminaisons sensitives libres, notamment sensibles à la douleur, entraîne l'activation du réflexe myotatique et provoque une augmentation de tonus musculaire, voire une contraction musculaire de défense. Le résultat est une augmentation de la raideur du muscle allant à l'encontre de l'effet recherché. Si l'on augmente l'amplitude de l'étirement malgré ce signal, des lésions peuvent survenir au niveau des myofibrilles. Cette douleur semble être d'ailleurs l'un des premiers paramètres sur lesquels agit l'entraînement : la répétition d'un étirement permet de reculer le seuil minimal de tolérance de la personne de sorte qu'elle peut augmenter ainsi l'amplitude de l'angle articulaire sans pour autant qu'il y ait des changements mécaniques ou viscoélastiques permanents au niveau musculaire (Magnusson et coll., 1996b). Ce seuil varie en fonction des personnes et de leur raideur musculaire, qui elle-même dépend de la masse musculaire en partie de la masse musculaire (Magnusson et coll., 1997). Faire une pause entre deux étirements passifs statiques au maximum de 2-3 s Une fois l'effet de relâchement musculaire obtenu par le maintien d'un étirement passif statique, combien de temps faut-il laisser entre deux étirements pour maximiser ou optimiser l'effet global des répétitions au cours de la séance ? Une réponse semble apportée par le travail réalisé notamment par Hufschmidt et Mauritz (1985). Ces auteurs ont montré que plus le temps entre deux étirements est élevé, plus la phase d'étirement-relâchement passif augmente, et plus la raideur musculaire augmente . Cet effet a été vérifié dans différentes conditions expérimentales allant des fibres musculaires aux groupes musculaires (Hufschmidt et Mauritz, 1985 ; Kilgore et Mobley, 1991 ; Lakie et Robson, 1988a). On peut donc conseiller de ne pas dépasser 2-3 s de pause entre deux étirements au cours d'un cycle d'étirements statiques (figure 2). Cela permet d'optimiser la durée de la séance et la rapidité de l'effet que l'on souhaite obetnir.  | | Figure 2: Effets de différents temps de pause sur la relation couple-angle associée à un étirement et un relâchement passif des muscles fléchisseurs plantaires. On voit nettement que le trajet du cycle étirement-détente s'allonge dénotant par là même une augmentation de raideur musculaire, et donc une résistance accrue à l'allongement (d'après Hufschmidt et Mauritz, 1985, p.678). | Les étirements sont plus efficaces lorsqu'ils sont précédés d'une contraction musculaire Les étirements statiques sont plus efficaces lorsqu'ils sont précédés par une contraction volontaire maximale (CVM) soit du muscle agoniste, suivie d'une brève période de relâchement (technique du contracter-relâcher), soit du muscle antagoniste pendant l'étirement de l'agoniste (Enoka et coll., 1980 ; Guissard et coll., 1988 ; Magnusson et coll., 1995 ; Moore and Kukulka, 1991). Ces deux techniques permettent en effet d'obtenir une diminution plus importante de l'activité des motoneurones qu'avec un étirement statique seul (figure 3) et sont regroupées sous la terminnologie de PNF.  |  | | Figure 3: Modulation du niveau d'excitabilité des motoneurones en fonction de la technique d'étirement utilisée (ES : étirement statique ; CR : contracter-relâcher ; CA : contraction du muscla antagoniste). Il n'y a pas de différence significative entre CR et CA, alors qu'elles diffèrent toutes deux de façon significative de SS. (d'après Guissard et al., 1988) | Figure 4: Variation du taux de recouvrement des myofilaments d'actine et de myosine (protéines responsables du développement de la force musculaire active) en fonction de la longueur du sarcomère et donc de l'amplitude de l'angle articulaire. Plus ce recouvrement est faible et plus il est difficile de produire une force comme l'atteste la forme de la courbe. Le maximum (Po) est atteint à une longueur correspondant à celle que le muscle a au repos (Lo). | Le choix de l'une ou l'autre de ces techniques se fera en fonction de l'amplitude articulaire atteinte par le sujet au cours de la séance. En effet, l'analyse de la relation force-longueur du muscle permet de montrer que, passée une certaine amplitude, il n'est plus possible de demander au sujet de réaliser une contraction maximale de l'agoniste car le taux de recouvrement des protéines contractiles est insuffisant pour permettre de développer une tension à l'intérieur du muscle, même de petite intensité (figure 4). Il faut donc utiliser la contraction de l'antagoniste pour obtenir la diminution supplémentaire de l'activité des motoneurones de l'agoniste (via le réflexe d'inhibition réciproque) lorsque les amplitudes articulaires sont importantes. - Technique du contracter-relâcher : en faisant précéder l'étirement statique par une phase de contraction isométrique maximale du muscle agoniste, on augmente la tension exercée sur les tendons du muscle (ou groupe musculaire) ciblé et on mobilise ainsi le réflexe myotatique inverse dont l'effet est de diminuer la tonicité musculaire. Il est conseillé de réaliser cet exercice plusieurs fois à la suite, sans revenir à la position de repos. On obtient alors un gain d'amplitude de mouvement supérieur à celui que l'on aurait eu avec des étirements statiques, et on arrive à un angle beaucoup plus important qu'avec un seul contracter-relâcher (cette technique a un effet cumulatif).
- Technique de la contraction antagoniste : la sollicitation du réflexe d'inhibition réciproque pour augmenter le relâchement d'un muscle pendant son étirement passe par la contraction du muscle antagoniste. Ainsi, lors d'un étirement des ischio-jambiers par une fermeture jambe-tronc, il ne faut jamais obliger les sujets à relâcher leur quadriceps car la contraction de celui-ci entraînera de façon réflexe une diminution de la tonicité des ischio-jambiers... ce qui facilitera leur étirement.
Maintenir la contraction volontaire maximale 1 à 2 s Contrairement à ce qui est rapporté dans beaucoup d'ouvrage consacrés aux techniques d'étirements ("stretching"), le temps de maintien de la contraction volontaire maximale a le même effet sur la durée d'inhibition des motoneurones quelle que soit sa durée, au moins des temps de maintien de 1 à 30 s (Guissard et coll., 1988). Il est donc inutile de "traumatiser" le muscle avec une tension maximale (souvent douloureuse) trop longue puisqu'elle n'apporte rien de plus au niveau de la mise en jeu des réflexes visés. Un maintien de la CVM pendant 1 ou 2 s seulement suffira (figure 5).  | | Figure 5: Variation du niveau d'excitabilité des motoneurones en fonction du temps de maintien de la contraction maximale volontaire (CMV) en position maximale. Les temps de maintien varient ici entre 1 et 30 s. Il n'y a aucune différences significatives entre ces 3 temps de CVM sur le taux de diminution de l'excitabilité des motoneurones. (D'après Guissard et al., 2001) | Maintenir l'étirement tout au plus 10 s Il est également conseillé de tenir la position d'étirement tout au plus 10 s (même si les effets durent un peu plus longtemps , cf. figure 6) quelle que soit la technique d'étirement utilisée (Guissard et coll. 1988). Au-delà, l'efficacité de l'inhibition des motoneurones diminue (figure 6) et la raideur passive augmente légèrement par une élévation du tonus musculaire. Ce délai est bien-sûr à mettre en regard des résultats qui montrent que la raideur diminue rapidement dès les premières secondes pour ensuite se stabiliser lors d'un étirement statique passif (Magnusson et coll., 1998). Puisque ce type d'étirements ne sollicite pas les réflexes, il est possible de le maintenir plus longtemps (45 s maxi) à condition de ne pas dépasser le seuil tolérable de douleur (Magnusson et coll., 2000).  | | Figure 6 : Variation du niveau d'excitabilité des motoneurones en fonction du temps de maintien de l'étirement en position maximale.Quelle que soit la technique utilisée, on observe que l'excitabilité des motoneurones diminuent fortement pendant au moins 30 s, mais cette diminution tend à s'atténuer plus rapidement si l'étirement n'est pas accompagné d'une contration musculaire agoniste ou antagoniste. (D'après Guissard et al., 2001) |
Règles pour les assouplissements Pour comprendre, les techniques d'assouplissement, nous allons à nouveau faire appel à quelles notions de mécanique des tissus. Considérons d'abord le cas d'un test de résistance réalisé sur un ligament. Pour se faire, une machine lui impose une traction progressive (stress), pendant que l'on enregistre son élongation jusqu'à ce qu'il y ait rupture totale. La figure 1 est un exemple de ce que l'on peut obtenir dans de telles conditions. Figure 1 : Relation stress-déformation (commentaires dans le texte) | Figure 2 : Image obtenue par microscopie électronique de fibres collagène d'un ligament de genou humain relâché (A) et en charge (B) (Kennedy et coll. 1976) | - La première est la zone de ré-agencement tissulaire (jusqu'au repère 1) où les fibres de collagènes passe d'un état "désordonné" à un autre où les fibres sont plus ou moins parallèles (ordonnées). Ceci est illustré par la figure 2, montrant des fibres de collagène de ligament du genou d'un homme au repos (A) et en charge (B).
- La seconde (entre les repères 1 et 2) est la zone de déformation élastique où le tissu revient à son état initial dès que le stress s'arrête. C'est la zone de fonctionnement physiologique. Généralement, les sollicitations liées à la pratique sportive ne dépasse jamais la valeur maximale mesurée à l'indice 2. Par exemple, Fung (1981) a rapporté des valeurs de 2 à 5% de cette limite maximale d'élasticité pour les tendons et les ligaments lors d'exercices de course et de saut.
- La troisième est la zone de déformation plastique (entre les repères 2 et 3) où la charge entraîne une réorganisation moléculaire et un affaiblissement tissulaire. Si l'intrusion dans cette zone n'est que passagère, le tissu se reconstitue et devient plus fort qu'avant pour faire face à une future contrainte qui pourrait provoquer les micro-lésions que l'on observe dans cette phase. Par contre, si le passage dans cette zone se fait de façon répétitive, les micro-fractures ne peuvent être réparées suffisamment vite et le tissu se désagrège, s'affaiblit (le taux de régénération tissulaire est inférieur au taux de dégradation tissulaire).
- La quatrième est la zone de surcharge (entre les repères 3 et 4) qui se caractérise par des difficultés à la cicatrisation si le stress continu à être appliqué sans ménager des phases de repos suffisamment longue pour qu'il puisse se réparer. Elle se termine par le point de rupture du tissu lorsque le stress dépasse ses capacités de résistance mécaniques.
| Voyons maintenant les conseils que l'on peut donner concernant les assouplissements en rapport avec la mécanique des biomatériaux. Certains de ces conseils vont vraisemblablement aller à l'encontre des habitudes certains entraîneurs. Pourtant ce sont ceux qui donnent les résultats les plus significatifs tant chez l'animal que chez l'homme. Pratiquer les assouplissements quand la raideur est maximale La raideur est plus élevée avant ou après l'exercice physique que pendant celui-ci. Or, pour que les exercices d'assouplissement aient un effet durable, il faut qu'ils puissent agir directement sur les structures responsables du maintien passif des pièces osseuses et sur les structures conjonctives du muscle. Par conséquent, le moment le plus propice à la pratique des assouplissements est celui où la raideur musculaire est la plus élevée puisqu'il suffira alors d'une traction plus faible pour obtenir un effet donné. Ce moment propice est donc avant ou au moins 15-20 minutes après la fin de la séance d'entraînement, lorsque la raideur a de nouveau augmenté. Inutile donc de s'échauffer avant de faire des assouplissements. Pratiquer les assouplissements quand la température musculaire, voire corporelle, est minimale Les tissus sont plus extensibles à température élevée (Lehmann et coll. 1970 ; Mutungi and Ramatunga, 1996 ; Nooman et coll., 1993 ; Safran et coll., 1988 ; Warren and Lehmann 1976 ; Woo et coll. 1987). De même, il a été montré que l'amplitude articulaire augmentait suite à un échauffement (Henricson et coll., 1984 ; Stewart et coll. 1998 ; Taylor et coll., 1995 ; Wiktorsson et coll. 1983). Un allongement réalisé dans de telles conditions est certes important mais temporaire. Par contre, cette déformation est plus durable si le tissu est "froid" car le tissu atteint plus rapidement la borne supérieure de la phase II lorsqu'il est "froid" que lorsqu'il est "chaud", et ce pour un même niveau de tension (Sapega et coll., 1981). C'est pour cette raison que l'on a l'impression qu'il est plus facile de pratiquer les assouplissements après une séance d'entraînement que le matin au réveil. Mais, si l'on veut véritablement obtenir un effet significatif, il convient de faire les assouplissements à distance d'un exercice physique, afin de profiter de la baisse de température et de l'augmentation de raideur qui l'accompagne ; ces deux phénomènes permettront d'obtenir des effets plus rapidement pour un même degré d'allongement. Mettre l'articulation dans une position optimale Cette position correspond à une tension d'une intensité suffisante pour que les tissus puissent réagir. Cette traction est d'autant plus élevée que le sujet est déjà entraîné. Si l'on dépasse un certain seuil (figure 1, borne supérieure de la zone II), on entraînera un affaiblissement du tissu qui nécessitera une phase de repos forcé, le temps que le tissu se consolide à nouveau. Celle-ci peut aller jusqu'à 30-45 j ! Mieux vaut bien doser les exercices d'assouplissement. Maintenir cette position de 30 s à 1 min Il est nécessaire de maintenir la position maximale atteinte dans ces conditions afin d'obtenir un effet significatif sur le tissu conjonctif, très difficile à allonger. Les proportions d'élasticité et de plasticité liées à un exercice d'assouplissement sont déterminés par l'intensité et la durée de la force appliquée pour allonger le tissu conjonctif. Des phases de maintien successives de 30 s à 1 min 30 dans une position articulaire donnée seront nécessaires pour obtenir un gain significatif et durable au niveau de l'amplitude articulaire. Avec l'entraînement, le seuil de douleur tolérable recule et permet d'atteindre des amplitudes de plus en plus importantes (Magnusson et coll. 1996a,b). Atteindre cette position de façon progressive Un point important concernant les tissus que l'on veut cibler au cours des assouplissements est qu'ils ont eux aussi un comportement viscoélastique. Comme nous l'avons signalé plus haut, on amènera le sujet dans la position voulue le plus lentement possible afin de ne pas provoquer des raideurs indésirables tout en bénéficiant de l'effet maximal au niveau tissulaire. Pratiquer régulièrement les assouplissements et optimiser leur planification Il faut IMPERATIVEMENT faire régulièrement des séances d'assouplissements car les progrès sont très lents et les régressions rapides ! Mieux vaut faire des séances 3 à 4 fois par semaine (y compris en dehors des séances d'entraînement elles-mêmes) à raison de 15-20 min par session en se consacrant à chaque fois aux principales zones articulaires en déficit. Si l'on peut planifier ces séances de façon quotidienne, on diminuera leur durée à 8-10 min et l'on se consacrera exclusivement sur l'une des ceintures articulaires (scapulaire ou pelvienne), en la mobilisant selon les différents plans et amplitudes articulaires spécifiques à la pratique sportive considérée. Cela permettra de répartir le travail de façon homogène sur l'ensemble de la semaine et de bénéficier, en parallèle, d'un effet de consolidation des tissus permis par l'instauration de cette alternance au niveau de la planification. Enfin, l'entraînement des assouplissements doit continuer même en période de repos ou d'intersaison, sans pour autant être associé systématique à une pratique sportive, afin que se maintienne le niveau de souplesse atteint pendant la saison.
Données récentes relatives à l'utilisation des étirements dans la pratique sportive Les effets physiologiques des étirements sur les muscles et les tendons (ou système musculo-tendineux) peuvent se résumer à deux choses : (*) diminution de l'activation des motoneurones (baisse du tonus musculaire mais aussi de la possibilité d'activer les muscles) et (**) diminution de la raideur du complexe anatomique musculo-tendineux (plus grande facilité à allonger le muscle et les tendons et donc moins grande résistance passive à l'allongement). Ceci est clairement démontré par l'analyse des effets des techniques d'étirements sur les muscles. On peut donc en conclure que le principal objectif des étirements est de relâcher et décontracter les muscles. Compte-tenu de ces effets, l'utilisation des étirements en fin de séance est tout à fait justifiée car ils participent alors à la récupération post-exercice en diminuant les fortes tensions résiduelles liées à une séance d'entraînement difficile. Nous montrerons néanmoins que, dans certains cas, cet effet n'est pas atteint et que c'est même l'inverse qui se produit, notamment au niveau des courbatures. Mais, quelles sont les conséquences de leur utilisation au niveau de la performance sportive ? Et surtout, pourquoi s'inquiéter de ces conséquences ? Raideur du système musculo-tendineux et performance En 1994, Wilson et coll. ont émis l'hypothèse qu'une augmentation de la raideur du système musculo-tendineux permettrait, d'accélérer la vitesse de la transmission des forces (générées au niveau de la composante contractile et/ou stockées au niveau de la composante élastique) et donc la vitesse de mobilisation des pièces osseuses durant les mouvements (Figure 1). | Application d'une force à une charge à l'aide du système musculo-tendineux. (1) le système est au repos. De (1) à (2), le système est progressivement mis en tension par la composante contractile (CC) entraînant l'allongement de la partie élastique située en série (CES). Une fois atteint son seuil d'allongement maximal (2), la CC qui continue à agir sur la CES peut alors soulever la charge (3) pendant son propre raccourcissement. | On pourrait alors noter une amélioration de la performance dans les exercices qui mobilisent justement force et/ou puissance, c'est-à-dire une très grande majorité de ceux que l'on trouve dans les pratiques sportives. Ces idées trouvent leur corollaire dans les résultats d'expériences menées récemment. En effet, il existe déjà des différences mécaniques et anatomiques entre homme et femme : 1°) au niveau du comportement viscoélastique du tendon lorsqu'il est soumis à un allongement passif (Kubo et coll., 2003) et 2°) au niveau de la grosseur des muscles ou l'angle de pennation (Ichinose et coll. 1998 ; Kanehisa et coll., 1994). Ces différences pourraient être à l'origine des variations de performance du système musculo-tendineux par les différences de raideur qu'elles impliquent (par exemple, le tendon de la femme est moins raide que celui de l'homme ; par conséquent, il ne permet pas des transmissions de forces avec les pièces osseuses aussi rapides que chez les hommes, d'où les différences de puissance musculaire que l'on peut noter sur le terrain dans certains types d'exercices, notamment pliométrique). Mais, il existe également des résultats qui permettent d'illustrer cette hypothèse en montrant comment l'entraînement peut lui aussi modifier la raideur du système musculo-tendineux et améliorer les performances (par exemple, Newton et coll., 1999) ou en tout cas ne pas leur nuire (par exemple, Nelson et coll. 2001d). Par conséquent, on peut en déduire que toute modification de la raideur du système musculo-squelettique aura des répercussions sur les performances impliquant l'utilisation de la force ou de la puissance musculaire... autant dire un très grand nombre d'entre elles ! Une question de pose alors : étant donné les effets des étirements qui ont été mis en évidence dans de nombreuses publications, est-ce que leur utilisation lors de l'échauffement ou avant une compétition est justifiée ? Les étirements diminuent la force et la puissance musculaire La première étude à avoir tenté de répondre à cette question est celle de De Vries (1963). Il a étudié l'effet des étirements pré-exercices sur le temps de course d'une épreuve de vitesse sur 100 m. Les résultats recueillies sur quatre sujets ont montré que les étirements n'avaient pas un impact négatif sur le temps au 100 m, exercice dans lequel la puissance musculaire joue un très grand rôle. Pourtant une autre étude publié l'année suivante rapporta que les performances de vitesse étaient améliorées lorsqu'une séance d'étirements était incluse dans le programme d'entraînement (Dintiman, 1964) ; des résultats confirmés beaucoup plus tard par d'autres études impliquant la force (Worrel et coll., 1994 ; Kokkonen et Lauritzen, 1995). Depuis cette étude pilote, de nombreux chercheurs se sont penchés sur la pertinence de faire des étirements pré-exercices, en mesurant les niveaux de production de force et/ou de puissance dans différentes conditions (isométrique, isocinétique, dynamique), mais aussi les variations de la performance elle-même. Dans un article publié en 1998, Kokkonen et coll. ont demandé à leurs sujets, après avoir fait un test de souplesse, de suivre une série de 5 étirements statiques passifs des muscles de la hanche, de la cuisse et du mollet. Cette série était répétée 3 fois de suite par le sujet seul, puis 3 fois de suite avec l'assistance des expérimentateurs. Les étirements étaient maintenus durant 15 s (3 fois) avec des pauses de 15 s entre chaque. Une phase de récupération de 10 min était alors imposée avant de refaire un test de souplesse puis de réaliser un test de force (1RM) au niveau des muscles du genou. Ils notèrent une amélioration de la souplesse de 16% alors que la 1RM diminua de 7,3% en flexion et de 8,1% en extension. Fowles et coll. (2000) sont arrivés à la même conclusion. Dans leur étude, ils ont demandé à des sujets de réaliser, pendant 30 min, des étirements passifs très longs (135 s), jusqu'au seuil maximal de douleur tolérable par le sujet, entrecoupés de pause (19 s). La contraction volontaire maximale a diminué de plus de 25 % (Figure 2). | | Figure 2 : Estimation des contributions de la diminution d’activation des unités motrices et de la capacité à générer une force au niveau des déficits de contraction maximale volontaire (CMV) après un étirement passif (cumul de 30 min jusqu’au seuil de douleur tolérable). La CMV diminue de façon significative par rapport à la valeur initiale (PRE). Les valeurs post-étirements restent significativement inférieures aux valeurs initiales pendant AU MOINS une heure (D’après Fowles et coll., 2000). | L'activation des unités motrices et la force contractile diminuèrent pendant les 15 minutes qui suivirent cette session. Par contre, l'effet sur la force musculaire persista une heure après la session. Ces données indiquent que l'étirement prolongé d'un muscle diminue la force volontaire jusqu'à UNE HEURE après l'étirement, confirmant les observations de Moller et coll. (1985) qui ont eux aussi noté une augmentation de compliance du complexe musculo-tendineux pendant une durée de 90 minutes après une séance d'étirements. Il semble néanmoins nécessaire de faire une distinction entre les effets qui s'opèrent sur les facteurs nerveux et ceux qui touchent les facteurs mécaniques vu que les délais de récupération sont différents pour chacun d'eux. Ainsi, la tension passive du complexe musculo-tendineux diminue suite à une séance d'étirements ; cela correspond au fait qu'il faut moins de force externe pour provoquer l'allongement d'un muscle relâché lorsqu'on veut atteindre un angle donné. Les mêmes phénomènes ont été également observés au niveau de la force maximale concentrique mesurée après une séance d'étirements de type balistiques (Nelson et Kokkonen, 2001c). Par conséquent, quelle que soit la technique utilisée, les effets négatifs sur la performance sont présents. McNeal et Sand (2001) ont fait faire à des gymnastes féminines (de niveau national) une série de 3 étirements statiques (Figure 3) classiquement utilisés sur le terrain, durant 2 x 30 s (soit un total de 3' d'étirements), le tout avant de réaliser trois sauts en contre-bas (Figure 4) à partir d'une caisse, suivi d'une impulsion (également appelé "drop-jump"). Ce type de saut rend compte de la façon dont le cycle étirement-détente est utilisé lors d'un exercice sollicitant la puissance musculaire. Les auteurs ont noté une diminution de 8% de la hauteur du saut (respectivement 0.268 m vs. 0.246 m sans vs avec étirements préalables, soit 2,2 cm de différence !) selon que l'on plaçait cette série d'étirements ou non avant ce test de puissance. Le temps passé en l'air était diminué de 9,6 % (McNeal et Sand, 2003). Ces résultats rejoignent ceux déjà cités de Kokkonen et coll. (1998), mais aussi ceux de Cornwell et coll. (2002) concernant la force maximale, mais montre un effet plus important (entre 4,3 et 4,4 % pour le saut en 1/2 squat et le saut avec un contre-mouvement). 
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| | Figure 3 : Saut en contre-bas | Figure 4 : Série de 3 étirements statiques classiquement utilisés sur le terrain, durant 2 x 30 s (soit un total de 3' d'étirements) utilisés par McNeal et Sand (2001, 2003) | Les effets néfastes des étirements seraient fonction de l'angle articulaire Il semblerait qu'il y ait une spécificité de l'effet selon l'angle testé pendant la phase post-étirement. Ainsi, Nelson et coll. (2001a) ont trouvé, en reprenant les protocoles de Kokkonen et Nelson (1998) cités plus haut, que la diminution de force isométrique était plus prononcée pour les angles articulaires supérieurs à 160° au niveau de l'articulation du genou. Cette diminution dans les angles extrêmes pourrait affecter grandement la performance de la force maximale que le sujet est capable de développer lors d'un test spécifique (1RM). Les auteurs expliquent ce phénomène par le fait que la série d'étirements pratiquée avant le test de force maximale placerait les sarcomères à une longueur moins favorable pour développer une force intense de façon beaucoup plus précoce dans le mouvement puisqu'ils sont plus rapidement "allongés" à l'issue des étirements... en tout cas dans des conditions isométriques de force. Les effets néfastes des étirements seraient fonction de la vitesse de mouvement Un article paru récemment (Nelson et coll., 2001b) montre également qu'après une session de 15 min composée d'un étirement actif et de trois étirements passifs, les plus forts taux de diminution de force mesurée à vitesse constante étaient enregistrés pour les mouvements impliquant les vitesses les plus faibles, c'est-à-dire ceux impliquant un plus grand niveau de production de force (puisque correspondant aux longueurs de sarcomères où se forment un plus grand nombre de ponts d’actine-myosine). Ils n'ont noté aucune différence de force pour les vitesses angulaires de 2.62, 3.67 et 4.71 rads/s ; alors que la force était significativement plus petite pour les vitesses de mouvement exécutées à 1.57 (- 4,5 %) et 1.05 (- 7,2 %) rads/s. Par contre, ils n'ont noté aucune influence des étirements sur le pic de force en fonction de l'angle angulaire. Ainsi, l'effet des étirements serait d'autant plus important sur la performance que celle-ci implique des contractions à vitesse faible. Par contre, si les contractions sont réalisées à vitesses élevées, les effets négatifs des étirements auraient un impact moins important, ou du moins non mesurables avec les moyens dont disposent les scientifiques actuellement. Mis ensemble, les résultats relatifs à la spécificité des effets des étirements mesurés, en fonction de l'angle et de la vitesse, montrent que les étirements réalisés avant une performance affectent la force que le muscle est capable de produire en fonction de l'angle (ou la longueur) à laquelle il se trouve au moment de la contraction. En augmentant la compliance (ou diminuant la raideur, ce qui veut dire la même chose) du muscle, les étirements induisent un allongement prématuré du sarcomère qui entraînerait une diminution du nombre de ponts d'actine-myosine pouvant se former et donc une diminution de la capacité à générer une force importante (Figure 5), puisque l'on sait que l'intensité de la force contractile est proportionnelle à la quantité de pont d'actine-myosine qui peuvent se former. | | Figure 5 : Modification de la relation F-L active suite à une séquence d’étirements. La courbe se décale vers la droite, correspondant à une longueur optimale au repos plus importante qu’avant la séquence d’étirements, ce qui pourrait signifier que les sarcomères sont plus longs également au repos et mettent donc plus de temps à transmettre la force active aux pièces osseuses. | | Effets sur les paramètres maximaux de la performance Face à ce tableau très négatif des effets immédiats des étirements sur le muscle, il serait injuste de ne pas aborder les adaptations à long terme sur la performance, suite à un entraînement incluant des étirements réguliers. A l'issu d'un entraînement de 8 semaines d'un programme d'étirements unilatéraux (contracter-relâcher), Handel et coll. (1997) ont observé chez leurs sujets une amélioration de la souplesse active et passive (jusqu'à 6,3° d'amplitude maximale de mouvement), de moment de force maximal (jusqu'à 21,6%) et une augmentation de la production de travail musculaire (jusqu'à 12,9%). Ces améliorations ont été principalement observées avec des conditions de travail excentrique. Effets présumés des étirements et prévention des blessures L'un des arguments souvent avancés pour expliquer l'utilité de placer des étirements en début de séance, au cours ou à l'issu de l'échauffement, est qu'ils auraient un effet bénéfique sur les risques de blessure. Dans une étude publiée en 1998, Pope et coll. ont avancé l'hypothèse que les étirements réalisés avant l'exercice n'auraient en réalité que peu d'incidence sur les risques d’apparition des blessures au cours de la pratique sportive. Cette hypothèse a été confirmée par une étude réalisée par la même équipe deux ans plus tard (Pope et coll., 2000). La figure ci-dessous (Figure 6) résume ces résultats (regroupant 2631 jeunes recrues de l’armée âgées entre 17 et 35 ans) et montre qu'il n'y a effectivement pas de différences entre les deux groupes (contrôle vs expérimental) au niveau de la probabilité d'être blessé que l'on fasse ou non des étirements avant une séance d'entraînement. Dans les deux cas, plus on avance dans l'entraînement et plus les chances d'avoir une blessure augmentent tout en étant égales que l'on s'étire ou non. 
| Figure 6 :. Effets des étirements préexercices sur les risques d'apparition de blessures en fonction du nombre de jours d'entraînement. Il n'y a pas de différences entre les groupes qui pratiquent les étirements et ceux qui n'en font pas (D'après les études de Pope et coll., 1998, 2000). | Des revues systématiques sur les effets de la pratique des étirements (Shrier, 1999 ; Shrier et Gossal, 2000 ; Herbert et Gabriel, 2002) sont arrivées à la même conclusion en se fondant sur les résultats de recherches publiées entre 1966 et 2000. Pour être sélectionnés, ces articles devaient répondre à des critères drastiques. Les auteurs n'ont ainsi retenu que ceux qui respectaient le cahier des charges établi au départ (répartition aléatoire des sujets dans un groupe témoin et un groupe expérimental afin de pouvoir réellement comparer l'effet de l'utilisation ou non des étirements, par exemple). La conclusion qui ressort de ces revues est que les étirements avant l’exercice ne semble pas constituer en une pratique utile pour réduire le risque de blessures, tout au moins lorsqu'ils précèdent les séances : - où la charge d'entraînement a été fortement augmentée ;
- de reprise après une période de convalesce ou de vacances ;
- où le sujet apprend une nouvelle technique gestuelle ;
- où le sujet utilise un nouveau matériel.
Ces séances provoquent généralement des courbatures. Effets des étirements sur les courbatures Par autant, les études menées sur les effets immédiats des étirements avant et/ou après les exercices excentriques n'ont pu démontrer que les étirements avaient un effet préventif sur les courbatures (Herbert et Gabriel (2002) sont arrivés à une conclusion similaire). Cela est certainement lié au fait qu'aucune étude n'a duré assez longtemps ou n'a utilisé d'étirements suffisamment longs pour mettre évidence ce phénomène (Cheung et coll. 2003 ; Connelly et coll., 2003). Néanmoins, les exercices excentriques et les étirements passifs agissant sur les mêmes structures, il est fort probable qu'ils affectent les tissus de la même manière (action sur le squelette cellulaire de la fibre musculaire, Figures 7). A B | | Figure 7 : Le squelette de la cellule musculaire (A) comprend également des protéines dites extramatricielles qui assurent les liens entre les sarcomères eux-mêmes (connectine dans la strie Z et filaments intermédiaires), mais aussi entre les sarcomères et la matrice servant de support au squelette de la fibre musculaire (desmine, intégrine par exemple). Lorsque le muscle est étiré alors qu'il se contracte (exercice excentrique ou pliométrique), il y a rupture (B) désorganisation des stries Z et rupture du réseau de desmine. Les étirements peuvent agraver l'état de détérioration du muscle. | | De fait, les étirements réalisés après une séance d'entraînement, dont on sait qu'elle provoquera des courbatures, pourraient aggraver le degré de détérioration subséquente au travail excentrique. En effet, deux travaux intéressants montrent l'interrelation des mécanismes mis en jeu dans le travail excentrique et les étirements. D'une part, les deux types d'étirements (du muscle passi ou du muscle pendant sa contraction) peuvent induire des courbatures chez des sujets qui ne sont pas habitués à ce genre d'exercices, les étirements statiques entraînant des courbatures plus importantes que les étirements balistiques. Ce dernier point est contraire à ce que l'on admet généralement dans le milieu sportif concernant les étirements balistiques (Smith et coll., 1993). D'autre part, il a été démontré que les douleurs, ainsi que la baisse de force, liées aux courbatures étaient plus prononcées lorsque la séance d'entraînement était précédée et suivie d'une session d'étirements (Lund et coll., 1998). Mis ensemble, ces résultats démontrent que les étirements et les courbatures altèrent les mêmes structures au sein de la fibre musculaire. La diminution éphémère de la douleur liée à la courbature que les sportifs peuvent ressentir lors des étirements (la douleur disparaît généralement au bout de 1 à 2 min d'étirement) va dans le sens de l'hypothèse d'une réduction de l'oedème intramusculaire concomitant à l'apparition des courbatures (Abrahams, 1977). De même, il semblerait qu'à long terme, les étirements aient un effet bénéfique en limitant l'apparition des courbatures grâce aux modifications du comportement du muscle lors des exercices excentriques, dont on sait qu'ils sont les principaux responsables de ce traumatisme musculaire (Lieber et Friden, 2002). En permettant à celui-ci de s'allonger plus facilement, ils l'empêchent de subir de trop fortes tensions (grâce à une plus grande compliance) permettant ainsi de moins subir de déformation par suite des tensions qui s'exercent alors au sein du muscle (McHugh et coll., 1999 ; Wessel et coll., 1994). Par exemple, une expérience (McHugh et coll., 1999) menée chez des personnes regroupées en fonction de leur raideur musculaire faible (compliant), normal (normal) et raide (stiff). Fait intéressant, les trois groupes de sujets (N = 20) étaient les suivants : "compliant" (N=7) : 1 homme et 6 femmes ; "normal" (N=6) : 4 hommes et 2 femmes ; "stiff" (N=7) : 6 hommes et 1 femme. Cette répartition des sujets, à partir de la raideur musculaire mesurée de façon biomécanique, montre très clairement que ce que l'on appelle la raideur (force de résistance qu'oppose le muscle à son allongement) est fonction de la masse musculaire puisque les personnes raides ("stiff") étaient aussi celles qui avaient la masse la plus importantes comparée aux personnes normale ou compliantes (les valeurs de masse corporelle étaient respectivement 81,6±2,9 kg, 76,8±2,1 kg et 57±2,9 kg pour les sujets raides, normaux et compliants ; les valeurs de raideur des ischio-jambiers étaient respectivement 36,2 ±3,3 N.m/rad, 27,1±0,4 N.m/rad et 20,3±1,9 N.m/rad pour les sujets raides, normaux et compliants).  | Figure 8A : Effets des courbatures sur la force maximale isométrique (exprimée en % de la valeur pré-expérience) en fonction du degré de raideur musculaire du sujet. On notera que la diminution de la force est la plus importante pour les personnes raides (stiff) alors qu'elle diminue peu chez les sujets normaux (normal), et qu'elle ne change pas, voire s'améliore chez les personnes présentant peu de raideur 3 jours après une séance de travail excentrique (d'après McHugh et coll., 1999). |  | Figure 8B : Effets des courbatures sur la douleur musculaire evaluée de façon subjective sur une échelle de 0 à 10. La douleur augmente fortement chez les personnes raides dès le premier jour après une sé&ance de travail excentrique. Cette augmentation ne se produit qu'au bour du second jour pour diminuer au troisième jour chez les personnes noramles (normal). Cette douleur n'est que peu présente chez les personnes peu raides (d'après McHugh et coll., 1999). |  | Figure 8C: Effets des courbatures sur le degré de sensibilité qui se traduit par une augmentation de la résistance à l'allongement (exprimée en newton, N) occasionné par les courbatures en fonction du degré de raideur musculaire du sujet. (d'aprèsMcHugh et coll., 1999). Cette sensibilité est très largement augmentée chez les personnes raides (stiff) alors qu'elle ne varie que peu ou pas du tout les personnes normales (normal) ou non raides (compliant) (d'après McHugh et coll., 1999). | Cette étude montre de façon évidente que les personnes plus souplesses sont moins susceptibles aux courbatures induites par les dommages liés à un exercice excentrique. Ces personnes pourraient donc s'entraîner à des intensités plus élevées ou pendant une plus longue durée au cours des jours qui suivent une séance d'exercice excentrique. Il semble donc important de dissocier les effets immédiats des effets à long terme lorsque l'on s'intéresse à la relation qui existe entre les étirements et leur effets supposés sur les courbatures. Si ces effets semblent négatifs lorsque l'on considère leur utilisation avant ou après une séance de type excentrique, il est vraisemblable qu'ils soient bénéfiques à long terme par la diminution de raideur passive du muscle qu'ils induisent avec leur utilisation systématique au cours de l'entraînement. Conclusion Il semblerait que les habitudes "ancestrales" du monde sportif soient une nouvelle fois remises en cause par une analyse objective de certaines pratiques de terrain... sans tenir compte des a priori et des idées reçues sur le sujet. Les étirements musculaires réalisés pendant l'échauffement avant une séance d'entraînement, ou pire, avant une compétition induisent des modifications immédiates de la fonction musculo-tendineuse qui peuvent nuire à la performance sportive. Ceux-ci ont apparemment un effet inverse à celui supposé ou désiré. Il semblerait également qu'ils ne permettent pas non plus de diminuer les risques de blessure.Ils n'ont donc pas les effets soi-disant "bénéfiques" qu'on leur reconnaît sans l’avoir vérifié. Pour autant, il ne faut pas considérer ce résultat comme acquis car des études supplémentaires sont nécessaires pour valider les premiers résultats recueillis ces dernières années. Par contre, leurs effets sont tels qu'il est plutôt conseillé de les utiliser comme technique de récupération post-exercice, si le risque d'apparition de courbatures à l'issue de la séance est faible. Dans le cas contraire, on exposerait l'athlète à un ralentissement des processus de récupération mis en oeuvre dès les premières heures qui suivent la séance à l'origine de ces traumatismes (Philips, 2000). C'est en ayant conscience de ces différents problèmes que les étirements pourront répondre parfaitement aux attentes des sportifs et de leurs entraîneurs. Cette prise de conscience passe par la compréhension des mécanismes de réaction et d'adaptation du muscle à l'entraînement, ainsi que des différents types d'effets (immédiats et à long terme) que provoquent les étirements sur le système musculo-tendineux. Il reste, malgré tout, beaucoup de zones d'ombre concernant ces effets, notamment en ce qui concernent la compréhension des mécanismes qui entrent en jeu et qui permettraient d'expliquer pourquoi on observe une baisse de performance en force et en puissance suite à une session d’étirements. Des études supplémentaires sont donc nécessaires avant de proposer des lignes directrices pour l'entraînement et qui seraient issues d'un consensus général entre les physiologistes sur ce thème (Gleim et McHugh, 1997). Pour l'heure, force est de constater que nous ne devons surtout pas considérer pour acquis les pratiques transmises par nos entraîneurs ou nos formateurs, ou transmises dans les manuels d'entraînement. L’entraîneur doit être à même de faire une remise en cause quasi permanente de ses connaissances pour s’assurer que son action sur le terrain est réellement bénéfique pour le sportif et surtout réalisée dans le respect de l’intégrité physique de celui-ci.
Points importants et conseils pratiques Les ligaments et les tendons sont très peu extensibles (élastiques) et vont s'opposer à toute technique de souplesse. Par contre, les muscles et les capsules articulaires sont très extensibles et seront, pour cette raison, les structures anatomiques principalement visées par les techniques que nous avons exposé. La régularité est un facteur fondamental pour l'entraînement de la souplesse car la moindre chute dans la sollicitation, ou pire, la moindre immobilisation prolongée suite à une blessure, provoque une diminution très importante de cette qualité physique qu'il est souvent difficile de recouvrer rapidement. D'un point de vue pédagogique, pour rendre la séance attractive, on évitera de rester plus de 1 min sur chaque exercice d'assouplissement, quitte à le refaire plus tard. Ces techniques seront très différentes pour ces types de structure car ils possèdent d'autres composantes qui vont influencer leur comportement à l'allongement. Il faudra par conséquent savoir quoi travailler (généralement après un bilan sur la souplesse d'une personne) pour savoir quelle technique sera la plus appropriée. Loin d'être en opposition, les techniques d'étirements et d'assouplissements sont à utiliser conjointement dans le travail de la souplesse. En effet, si la personne est déjà très souple et que les freins aux assouplissements sont dus aux tensions musculaires, il faut d'abord faire des étirements (i.e. contracter-relâcher ou contraction de l'antagoniste) avant de passer aux assouplissements proprement dits. Ainsi, les seconds bénéficieront de l'effet induit par les premiers sur les muscles qui n'opposeront alors plus de résistance et permettront d'atteindre les structures plus profondes. Ces techniques ne sont pas difficiles à mettre en oeuvre mais elles demandent, de la part de l'entraîneur, une vigilance toute particulière dans leur mise en place avec les sportifs(ves), notamment dans les premières séances. Il est en effet fondamental que les principes exposés soient appliqués de façon rigoureuse, systématique et, dans la mesure du possible, avec la totale collaboration des sportifs(ves). La connaissances des circuits réflexes présents dans la moelle épinière nous apprend que la souplesse ne doit pas être forcément synonyme de douleurs pour le (la) sportive. Il existe des techniques très efficaces pouvant donner d'excellents résultats sans pour autant dégoûter les plus jeunes. Le tout est de savoir comment les utiliser... l'objectif de cette rubrique était justement de le montrer. Ce passage obligé permettra par la suite de pouvoir compter sur eux pour effectuer correctement les exercices qui pourraient être demandés en dehors des périodes d'entraînement elles-mêmes. Le (la) sportive n'est pas un objet que l'on manipule comme bon nous semble. La participation active ou l'implication volontaire du (de la) pratiquant(e) dans l'entraînement de cette qualité physique peut s'avérer un atout crucial ; en effet, il pourra, par sa décontraction et le contrôle des différents groupes musculaires sollicités, aider l'entraîneur à optimiser les effets recherchés et surtout obtenir des gains plus rapides et pérennes. Par ailleurs, il est essentiel de se rappeler que les muscles habituellement utilisés dans le travail postural sont généralement les plus raides de par la grande proportion de tissu conjonctif qu'ils renferment. Si l'on ajoute, à cette fonction posturale (utilisée quotidiennement) les contraintes liées à la pratique sportive, alors il devient vital pour l'entraîneur de leur porter une attention particulière dans le travail de souplesse. Sinon, ils peuvent devenir rapidement une entrave à la performance motrice. Par exemple, les muscles ischio-jambiers, très riches en tissu conjonctif, sont aussi ceux qui ont le défaut de se rétracter le plus rapidement lorsqu'ils ne sont pas sollicités régulièrement. Or, ces muscles constituent la principale limite à la fermeture jambe-tronc que l'on rencontre souvent dans les activités sportives. |