L'échauffement est un concept clé de l'activité physique et sportive.
Il est tellement important que chacun est persuadé qu'il sait comment
s'échauffer correctement et efficacement.
C'est pourquoi, dans un premier temps, nous allons "revisiter" (selon
la formule consacrée) ce concept à la lumière des connaissances
physiologiques passées et actuelles.
Nous montrerons ensuite que, de toute évidence, on doit aujourd'hui
revoir la façon dont on conçoit notre échauffement pour que celui
remplisse enfin son rôle de préparation à l'activité physique et sportive.
But de l'échauffement
Quelques travaux (5,14,17,24) ont déjà insisté sur l'importance d'un
échauffement dans l'entraînement sportif. Son but principal est de
réaliser un réveil proprioceptif et de préparer l'organisme à faire face aux différentes contraintes liées par l'exercice physique.
Il s'agit plus précisément :
- pour l'élève ou le sportif : d'une préparation autant physique que psychologique à la réalisation d'un exercice physique ou d'une performance ;
- pour l'enseignant ou l'entraîneur : d'un instant privilégié où il va prendre en charge le groupe
après une brève présentation de la séance ; ce premier contact
conditionnera toute la dynamique de la séance à venir car si
l'échauffement est manqué, la séance a de grandes chances d'être
improductive.
On distingue deux types d'échauffement :
- général = il permet la sollicitation globale de l'organisme avec des exercices appropriés (cf. ci-dessous) ;
- spécifique = il se fait par la répétition d'habiletés motrices pour lesquelles l'exécutant se prépare.
Habituellement, l'échauffement général précède toujours
l'échauffement spécifique. Nous ne parlerons pas de ce dernier car il
faudrait préparer alors un type d'échauffement par APS ! Je laisse donc
le soin aux personnes spécialistes de chaque activité de se charger
eux-même de cette phase de la préparation, pour me concentrer sur
l'aspect général de l'échauffement.
Effets recherchés et justifications
1. Au niveau physiologique :
élévation du débit ventilatoire par :
- augmentation de la fréquence respiratoire et du >volume courant (13,28) ;
- augmentation des échanges gazeux au niveau de l'alvéole pulmonaire : il permet d'éliminer le CO2 produit pendant l'exercice physique et d'absorber de l'O2 dont les cellules musculaires ont besoin pour une production énergétique optimale (19) ;
élévation du débit cardiaque :
- accroissement de la fréquence cardiaque (FC) dès le début de l'exercice (30,39) et du volume d'éjection systolique (VES)
pendant l'exercice physique (4,20,38) ; mais il peut y avoir une
diminution de VES si la température du corps dépasse une certaine marge
de tolérance (16) comme c'est souvent le cas lors d'épreuves se
déroulant dans une ambiance thermique élevée (la canicule d'une journée
d'été par exemple) ;
- accroissement de la perfusion musculaire à
l'intérieur d'une zone bien précise car, passée une certaine valeur
limite (maximale), il a été notée une diminution puis une stabilisation
de cette perfusion (2,18,23,25,36) ;
- diminution des résistances périphériques totales qui sont fonction du volume de la masse musculaire engagée et de l'intensité de l'exercice (20,38) Þ
équivaut à une augmentation de la vasodilatation des territoires
musculaire actifs (13) et une vasoconstriction des territoires inactifs
comme la zone du foie, des viscères (7,10,37,43) ou la zone rénale
(9,43). Par contre, au niveau cutané, tout va dépendre de la zone
musculaire active (6,39) ;
élévation de la température interne du muscle :
- augmentation de la vitesse des réactions du métabolisme énergétique
grâce à un effet facilitateur sur l'action des enzymes qui contrôlent
ces réactions ; +1°C = +13% d'augmentation des processus métaboliques
(44) ;
- accroissement de l'extensibilité musculaire (15) et diminution des tensions internes (également liée à la viscoélasticité musculaire) ;
- diminution du comportement viscoélastique
du tissu musculaire (29), dû pour l'essentiel au tissu conjonctif qui
assure le maintien de la structure musculaire et à la composante
contractile (ponts d'acto-myosine) ; cetteviscoélasticité explique que la réaction passive du muscle à un étirement est équivalente à celle d'un amortisseur ;
- augmentation de l'excitabilité du muscle
(la vitesse de conduction nerveuse) (33,34,35) qui est d'environ 20%
pour une augmentation de 2°C de la température corporelle (21) ;
- augmentation de la vitesse de raccourcissement des fibres musculaires
(33,34,35) impliquant une diminution du temps de contraction des fibres
musculaires, qui dépend évidemment des deux points précédents ;
- augmentation de la production de force de l'ordre de 2% par degré (11).
amélioration de l'efficacité du mouvement :
- mobilisation progressive des différents groupes musculaires concernés par les principales habiletés travaillées ;
- amélioration des sensations proprioceptives
car la réactivité des fuseaux neuromusculaires (important pour la
coordination musculaire) est plus élevée si la température musculaire
est au-dessus de 38°C ; si cette température est de 27°C (celle du
repos) alors la sensibilité de ces fuseaux diminue de 50%, et si elle
est de 15-20°C (ambiance thermique froide), les fuseaux n'ont plus de
sensibilité ;
- amélioration des synergies musculaires c'est-à-dire de l'action coordonnée des muscles qui s'associent, s'opposent ou concourent à la réalisation d'un mouvement ;
- rafraîchissement de la "mémoire motrice" et du contrôle moteur associés à la représentation du corps (schéma corporel) grâce, entre autres, aux sensations proprioceptives.
- protection des articulations
car après un effort de courte durée, le cartilage hyalin est
momentanément plus épais (12 à 13%) grâce à l'absorption du liquide
synovial (22) ; ce phénomène est réversible dans l'heure qui suit la
fin de l'exercice.
2. Au niveau psychologique
pour l'élève ou le sportif :
- diminution de l'appréhension
due 1°) à la préparation d'une séance difficile, 2°) à la reprise
d'activité physique suite à une blessure, 3°) avant la réalisation
d'une performance maximale ;
- mise en confiance par la réalisation de
gestes déjà bien maîtrisés et qui permettent de reprendre le contrôle
de son corps au cours d'actions motrices simples, avant de passer aux
mouvements plus difficiles ;
- préparation à la réalisation d'exercices musculaires éprouvant physiquement et psychologiquement (renforcement de la motivation intrinsèque) ;
- amélioration de l'attention relative aux sensations proprioceptives ;
pour l'enseignant ou l'entraîneur :
- première prise de contact avec le groupe : elle est primordiale pour le bon déroulement de la séance à venir Þ schématiquement, si l'échauffement est mauvais alors la séance sera mauvaise ; l'échauffement doit toujours être dirigé par l'enseignant ou l'entraîneur ;
- dynamisme de la séance
: en règle générale, l'expérience de terrain montre qu'il dépend
directement de celui donné à l'échauffement ; si l'activité du groupe
n'est pas guidée et contrôlée dès l'échauffement, alors il y aura des
répercussions sur l'organisation de toute la séance. Pour les plus
grands (juniors et seniors), il est possible de viser néanmoins une
certaine autonomie s'ils connaissent et respectent les principes de
l'échauffement exposés plus loin (il convient toutefois de s'assurer du
bon choix et de la bonne réalisation des éléments qui le composent) ;
- phase intermédiaire entre l'état de repos et l'exercice physique
où l'enseignant (l'entraîneur) doit conquérir la confiance de l'élève
(du sportif) grâce à sa totale maîtrise de la mise en route de
l'organisme Þ si l'élève se sent bien
préparé à faire un exercice (même intense) alors son engagement n'en
sera que meilleure (motivation et persévérance plus importantes lors de
la séance).
Règles à respecter dans la préparation de l'échauffement
Hormis le rassemblement du groupe et les explications relatives à la séance (objectif et dominante), il faut obligatoire de respecter les deux principes suivant :
- principe de l'ALTERNANCE
: il est impératif d'alterner les exercices mobilisant le système
cardio-respiratoire (courses, multi-bonds, etc.) avec ceux mobilisant
les différents groupes musculaires et des chaînes segmentaires
(exercices de stretching par contracter-relâcher notamment) si l'on
veut maintenir la température corporelle atteinte après une période de course par exemple ;
- principe de PROGRESSIVITE : on doit s'assurer que le choix des exercices permet bien d'augmenter de façon progressive l'intensité tout au long de l'échauffement jusqu'au début de la séance proprement dite, sans pour autant provoquer l'épuisement.
Le non
respect de ces deux principes fera que l'on terminera l'échauffement
sans être préparer de façon optimale : soit la température corporelle
est trop basse, soit la phase "statique", souvent trop longue, empêche
d'atteindre une température corporelle suffisamment élevée ou entraîne
la chute de la température. Pour savoir si le contrat est rempli, il
suffit de contrôler la fréquence cardiaque (pour des exemples d'enregistrement CLIQUEZ ICI)
à différents moments de l'échauffement : si elle se maintient en
moyenne entre 150 et 160 bpm (mini 140 et maxi 180), l'objectif
principal de l'échauffement est atteint.
Par contre, la sudation n'est pas un paramètre suffisant car le taux de sudation varie beaucoup d'un individu à l'autre.
Dans l'organisation de l'échauffement,
l'élévation de la température est une priorité (dans "échauffement" il
y a le mot "chauffer" !) car, lorsqu'elle est optimale, les réactions chimiques participant à la capacité de réalisation de la performance motrice sont mises en jeu.
L'attitude de l'enseignant ou de l'éducateur
- Il doit avoir une attitude dynamique, ouverte, attentive, d'écoute.
- Il peut faire une démonstration de l'exercice s'il maîtrise parfaitement
celui-ci ;
- Il doit donner au groupe des consignes claires, concises et précises
afin d'éviter les coupures à répétition qui casse le rythme de l'échauffement.
C'est d'ailleurs à lui de dynamiser l'échauffement en donnant le rythme d'exécution
et le nombre de répétition des exercices proposés.
- Il doit expliquer les différents exercices au fur et à mesure sans
que cela dure trop longtemps afin d'éviter le refroidissement de l'organisme.
- Il doit alterner les exercices dynamiques et les exercices
plus statiques, afin de maintenir la température corporelle
à un niveau compatible avec l'exercice physique et/ou la séance qui va suivre.
- Il doit limiter au maximum la part donnée aux étirements,
voire les supprimer, lors de l'échauffement afin de ne
pas entraîner une trop forte diminution de la raideur musculaire
car cela va à l'encontre des effets recherchés.
- Il doit veiller à bien se placer par rapport au groupe pour être
vu de tous et voir tout le monde en fonction de la forme de répartition groupe
dans l'espace de travail (cercle, carré, en vague successive, dispersée, etc.).
- Il doit s'assurer du respect des consignes en contrôlant la justesse
des mouvements réalisés (positions segmentaires, vitesses d'exécution,...)
et en intervenant individuellement, si le besoin s'en fait sentir, au près
de certains élèves (sportifs) n'arrivant pas à bien réaliser le mouvement
demandé. Si trop d'élèves font d'erreurs, la (les) consigne(s) ont mal été
comprise(s). Les explications n'étaient pas claires ou insuffisamment précises.
Dans ce cas, il est impératif d'arrêter l'exercice afin de remontrer le mouvement
correct.
- Il doit proposer, à chaque échauffement, des exercices suffisamment
variés voire amusants afin d'éviter la monotonie, surtout avec un public
de jeunes enfants.
Exemple de contenu de l'échauffement d'une durée minimum de 25 min pour des sujets adultes
- Course
10 min d'intensité faible à modérée (au minimum 15 à 20 min) :
- le délai
d'environ 20 à 25 minutes est nécessaire pour que la température du muscle
avoisine les 38°C alors qu'il ne faut que 10 à 15 minutes seulement pour
que la température du noyau centrale (tête-tronc) arrive à 39°C (3). Cette
inertie s'explique par le fait que le débit sanguin est différent entre
ces zones corporelles et que la déperdition de chaleur corporelle est
plus importante au niveau périphérique qu'au niveau centrale ;
Figure 1 : latence dans l'augmentation de la température
musculaire par rapport
à la température corporelle et son influence sur la performance sportive.
- cet
exercice permet de mobiliser rapidement le système cardio-respiratoire
car les exercices globaux non spécifiques (c'est-à-dire ceux mobilisant
tout le corps) sont plus efficaces pour augmenter la FC que les exercices
spécifiques - statiques ou dynamiques - (26,27) ;
- la course
est préférable aux pommades, massages et bains chauds car l'échauffement
n'est que périphérique dans
ces cas-là ;
- elle
met en jeu les plus grosses masses musculaires de l'organisme, à savoir
celles des membres inférieurs, qui représentent environ 50% de la masse
musculaire totale (42). Et puisque chaque contraction musculaire est TOUJOURS
associée à une libération de chaleur (25% de l'énergie utilisée par le
muscle est transformée en énergie mécanique et 75% en énergie calorifique),
celle produite par les membres inférieurs contribue grandement à l'élévation
de la température corporelle globale (voir plus haut) ;
- Alternance
pendant 13 à 15 min d'exercices :
- dynamiques
de type sauts pieds joints, cloche-pieds, multi-bonds, courses sur 20
m, jeux à deux, etc. (chacun durant 2 min environ)
- de
mobilisation de la tête et du cou (d'une durée maximale de 3 min),
surtout pour les sports où le contrôle de l'équilibre est important
ou parce que la discipline pratiquée nécessite la réalisation de mouvements
dans les trois dimensions de l'espace.
En effet :
- il
y a, dans la tête, des capteurs sensibles aux accélérations linéaires
et angulaires (système vestibulaire) nécessaires au contrôle de l'équilibre
et à l'orientation qu'il convient de solliciter ;
- il existe des relations très étroites entre les mouvements des yeux
et l'orientation de la tête qui sont pilotés par les muscles du cou
(1). Cette relation est très importante dans les tâches de navigation
ou d'orientation par rapport à un environnement comportant des obstacles
car elle permet d'anticiper les trajectoires à suivre de façon optimale
(32) et/ou de mieux se représenter l'évolution de son propre corps dans
l'espace, comme lors de rotation par exemple (31).
- par
contre, contrairement à ce qui se fait généralement
sur le terrain, il semble qu'il faille proscrire
les étirements, en particulier ceux entraînant une grande
diminution de la force et de la puissance musculaire pouvant induire une
forte baisse de performance.
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